Le plagiat, symptôme de notre société de consommation

Par Lisa Beaujour

Après Michel Houellebecq, soupçonné d’avoir plagié Wikipédia, et l’auteur du scénario de Séraphine, condamné pour contrefaçon, c’est maintenant au tour de Patrick Poivre d’Arvor d’avoir des ennuis littéraires. La contrefaçon, traduction juridique du plagiat, a fait parler d’elle ces derniers mois.

La contrefaçon littéraire est devenue plus visible avec l’avènement du livre comme « produit commercial », explique Hélène Maurel-Indart, professeur de littérature, auteur de l’essai Du plagiat. « On demande d’écrire vite des livres ciblés sur des sujets à la mode, ce qui débouche forcément sur des travaux bâclés », explique l’universitaire. « C’est symptomatique de notre société de consommation, qui privilégie le consumérisme ».  

Dans une interview sur France 5, réalisée par Axel de Tarlé, le professeur de littérature développe cette idée plus longuement : « Pour des raisons commerciales, un éditeur a besoin que son auteur fétiche, celui qui fait vendre des best sellers, produise régulièrement un ouvrage ». Cela conduit à toutes sortes de dérapages, et à une perte de qualité de l’écriture. L’écrivain a désormais recours à des « collaborateurs », comme disent pudiquement les éditeurs pour désigner ceux qu’on appelle plus communément les « nègres ». Et parfois, il « emprunte » le matériau d’autrui pour aller plus vite. Ce besoin de rapidité à tout prix peut alors faire du livre « un produit préfabriqué », continue Hélène Maurel-Indart. Elle-même se positionne plutôt contre « une conception trop « généreuse » de la circulation des œuvres », surtout à une époque où le livre devient objet de consommation.

Le plagiat, difficile à déterminer

Pour voir s’il y a plagiat, on a besoin dune « analyse très fine », qui porte à la fois sur la composition du livre, l’expression de l’auteur et la mise en scène, affirme Hélène Maurel-Indart. Ce qu’il faut voir, c’est s’il y a une « expression de la personnalité de l’auteur » dans l’œuvre. Si oui, elle est originale. Sinon…

Pour Pierre Lautier, avocat spécialisé en droit de la propriété artistique, il faut « une addition de similitudes confondantes qui font qu’on exclut le hasard » et « une impression d’ensemble commune » pour affirmer qu’il y a plagiat. Il est « très subjectif » de déterminer s’il y a ou non contrefaçon d’une œuvre littéraire : « il n’y a pas de règles, cela dépend des juges. C’est justement cela qui est intéressant », explique-t-il.

L’avocat affirme que le plagiat littéraire est un phénomène relativement marginal : «  à Paris, il n’y a pas plus de cinq condamnations pour plagiat par an ». La contrefaçon touche surtout les scénarios de film, et c’est un problème qui se règle la plupart du temps à l’amiable. « Il est très rare qu’on aille jusqu’au procès. En général, une accusation se traduit par un dédommagement et par l’arrêt des réimpressions du livre », explique Pierre Lautier. Le plagiat ne serait donc pas si répandu, en dehors de la littérature commerciale du moins.

Merci de ne pas contrefaire cet article.

Image: Flickr/CC/Lucia..

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