Le métro, Star Academy version souterrain

Par Eric Kuoch

Plus qu’un mois avant l’ouverture de la session de recrutement de printemps des musiciens du métro parisien. La musique itinérante, version métropolitain.

Il se tient là. Ses doigts s’agitent de bas en haut sur le corps de l’instrument de cuivre. Premier souffle. Une note s’échappe, puis une deuxième. Une douce mélodie envahit le couloir. Le son résonne. C’est tout son corps qui suit une partition imprévisible. Les passants jettent un oeil distrait sur le jeune homme noir aux cheveux longs. Certains s’arrêtent, déposent une pièce et continuent leur chemin. D’autres restent profiter . Un béret vissé sur la tête, des chaussures vernis bien comme il faut, il ressemble à ces musiciens noirs des films américains. Mais lui, son saxophone, il ne le trimbale pas de restaurants en cafés. C’est dans le métro qu’il joue.

Les musiciens du métro sont ces artistes croisés au détour d’une correspondance dans les souterrains parisiens. Il y a ceux qui nous enchantent, d’autres qui nous agacent. Il y a les habitués, et il y a les éphémères. A l’instar de Keziah Jones, certains d’entre eux sont de véritables talents. Ils misent sur le Métropolitain pour se faire connaître. Leur public, les passagers des trames.  La RATP choisit en 1997 d’encadrer ces artistes de tunnel. Elle crée l’Espace Métro Accord (EMA) pour accréditer les artistes. L’idée est de faire vivre la ville souterraine au rythme des guitares, saxophones, ou autre flûtes de pan.

L’intérêt pour les musiciens est de disposer d’un public infini. « Il y a tellement de gens dans le métro. Il y a toujours du passage », témoigne Antoine Barret, guitariste métropolitain depuis trois ans. Après avoir passé dix années comme informaticien dans un ministère, ce troubadour a décidé du jour au lendemain de prendre sa gratte et de se la faire version underground(1). « Le métro t’offre quelque chose que tu n’as nulle part ailleurs. C’est vraiment bien. On peut tester notre répertoire, s’entraîner » argumente-t-il.

Musicien du métro, ça se mérite

Il n’a pourtant pas été accrédité du premier coup. « J’ai raté l’audition. Je n’étais pas suffisamment préparé. Il y avait du niveau », se désole-t-il.  Car la sélection est rude. Deux sessions  sont organisées chaque année, une en octobre et une autre en mars. Environ 1.000 candidats se présentent, et seules 300 accréditations sont délivrées par session. Le jury est composé de membre de la RATP et de voyageurs invités. La décision se fait au coup de coeur.

Une fois en place, les musiciens exercent leur talent de façon très libre. Quand il a commencé, Antoine venait au métro quatre heures par jour et ce cinq fois par semaine. Désormais, il joue aussi dans les restaurants et les bars, alors le métro, il y va moins souvent.

Antoine Barret - crédit : Antoine Barret

Les relations avec les autres musiciens, ils n’ent on pas vraiment. « Les non encartés sont souvent dans les rames, alors on ne les voit pas. Et ceux qui ont une accréditation, on se met suffisamment loin pour ne pas gêner et ne pas être gêné. Pareil, pas beaucoup de contacts », raconte Antoine. La RATP veille à ce que seuls les encartés puissent jouer dans les couloirs. Les rames et les quais leur sont interdits. Une manière aussi de repérer les illégaux.

Les saltimbanques du métro

Le froid, ce vent qui pénètre les vêtements. Cette désagréable caresse ne facilite pas les conditions de travail des artistes souterrains. D’autres inconvénients peuvent venir perturber leurs prestations, les agressions. « Je me suis fait agresser une fois. Ils sont partis avec ma cagnotte. En général, je préfère jouer quand il y a du monde.  Je ne joue pas pendant les vacances scolaires et le week-end. Et j’évite certains coins. Je ne joue plus à République par exemple. Ca craint trop », explique Antoine Barret.

Antoine Barret - crédit : Antoine Barret

Mais d’autres stations sont de véritables El Dorado pour les bardes du métro : Concorde, « Un super spots », selon Antoine, Franklin Roosevelt ou encore l’incontournable Châtelet et ses deux millions de voyageurs par jour. Chanter dans le métro ne rend pas riche comme Crésus, mais permet de toucher une coquette somme. « On tourne à 10 euros par heures. Après c’est variable, selon la station où t’es, selon l’affluence, et le nombre d’heures que tu passes dans les couloirs » témoigne Antoine.

La musique s’interrompt. Il récupère l’argent que les voyageurs ont déposé dans son étui. La mélodie mise en pause rappelle à certains qu’ils ont un train à prendre. Ils abandonnent à contre-coeur le saxophoniste. Un jeune homme s’approche. Il a une guitare. Il l’extirpe de son étui et, dans un sourire, se met à jouer. Une note, puis deux. Les doigts habiles se remettent à courir le long du cuivre.

(1) Métro en anglais

Entrez dans les coulisses des auditions avec Antoine Naso, directeur artistique de la RATP
Propos recueillis par Sybile Penhirin.


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