« En Italie, la culture est devenue l’ennemi numéro un du pays »

Par Camille Maestracci

Le 21 janvier, une lettre alarmante était adressée à la Maison des écrivains, à Paris, s’offusquant de la politique de censure en Italie contre les défenseurs de Cesare Battisti. A l’initiative de Raffaele Speranzon, chargé de la culture dans la province de Venise, la région a décidé de retirer des bibliothèques municipales les livres écrits par les signataires de l’appel de 2004 en faveur de l’ex-militant d’extrême gauche. Nous avons rencontré l’auteur de cet appel à l’aide, l’écrivain italien Roberto Ferrucci.

Comment expliquer cette situation ?

L’attaché de la culture de la Vénétie qui a demandé l’interdiction des livres des auteurs de l’appel de 2004 est un ancien fasciste, aujourd’hui membre du Pdl (Peuple de la liberté, coalition du Premier Ministre Silvio Berlusconi, intégrant la Ligue du Nord, parti à tendance extrème-droite, ndlr). Cette décision ne choque pas plus que ça ; la contestation est très faible. Les gens considèrent plus cela comme une provocation alors que c’est un gigantesque pas en arrière. Les auteurs soutenant Battisti ne sont pas les seuls concernés. D’autres, aux propos qualifiés de « non éducatifs » vont se voir censurés également.

Comment en est-on arrivé là en Italie ?

En Italie, la culture est devenue l’ennemi numéro un du pays. Le problème aujourd’hui est que les Italiens ne s’indignent plus de rien. Le peu qui reste d’indignation est sur internet mais là encore, les Italiens sont à la traîne et s’en servent en réalité très peu si on les compare aux autres pays. Regardez en France, en très peu de temps, ma lettre a reçu un échos énorme. Et puis dans cette histoire, il manque l’indignation des principaux concernés : les lecteurs !

Qu’ont l’intention de faire les intellectuels italiens en Vénétie ?

Certains se sont mobilisés tout de suite. D’autres sont restés dans le silence, victimes d’une auto-censure du type « mieux vaut laisser tomber plutôt que de se créer des problèmes ». Et aujourd’hui, après moins de deux semaines, comme d’habitude en Italie, plus plus personne n’en parle. Même les quelques journaux qui avaient diffusé l’information au début. Désormais, le peu d’indignation qui reste s’éteint aussi vite qu’une allumette.

Est-il possible d’envisager une alliance des pro et des anti-Battisti dans cette affaire ?

Cela impliquerait une participation générale, comme en France. Hélas ici il ne s’agit pas d’être pour ou contre, on reste tout simplement indifférent. Et c’est bien sûr la pire des options. Quant à l’affaire Battisti, personnellement, je préférerais que s’ouvre une réflexion sérieuse sur les « années de plombs » parmi les intellectuels, et faire enfin ce que personne, tant la justice que la politique, n’a encore jamais fait dans notre pays.

Crédit photo: Flickr/CC/Monsterfabr

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