Le MURAKAMI nouveau est … presque arrivé!

Par Aïcha El Hammar Castano

« 18 août 2011… »,   c’est la date ultime, si proche et si éloignée à la fois, pour que les lecteurs «francophones» puissent enfin lire le premier volet de la nouvelle trilogie d’Haruki Murakami : « 1Q84 », prononcé « 1984 ». Référence au célèbre roman de George Orwell.

Déjà sorti au Japon en 2009, il s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires, provoquant un effet « Harry Potter ». Pour ceux qui ne le connaissent pas, Haruki Murakami est une star au Japon et dans le monde.  Ecrivain contemporain japonais à l’univers énigmatique, sachant entremêler avec talent des mondes parallèles et complexes, il n’apparaît guère dans les médias, ce qu’il ne fait qu’accroître le mystère.  Après « La Ballade de l’impossible », « Kafka sur le rivage », « Le passage de la nuit » etc. « 1Q84 » touche un public plus large parce que plus abordable que les autres. « Les coulisses de la culture » est allée à la rencontre de Hélène Morita, sa traductrice officielle depuis 2007.

Que pouvez-vous nous dire du nouveau Murakami ?

Hélène Morita – Une fois de plus, ce sont des histoires très très compliquées. L’écriture de Murakami, c’est un monde énigmatique. Avec une imbrication des personnages, qu’ils relient les uns aux autres petit à petit. Avec cette trilogie, le lecteur sera plongé à la fois dans un monde réel et fantastique. La fiction devient réalité au sens propre. Murakami, c’est simple on entre dans son univers ou pas. Ca ne me gêne pas outre mesure, il y a un côté très naturel, ce n’est pas artificiel. Même si je n’ai pas encore traduit le troisième tome, je l’ai lu en japonais et je crois qu’il reste un certain nombre de choses qui restent encore flottantes. Pourquoi pas un 4 ème tome ?

Garde-t-on un regard de lecteur quand on est traducteur ?

Hélène MoritaLes livres de Murakami sont très imposants, c’est encore le cas avec la trilogie « 1Q84 » (+- 500 pages par tome) dont j’ai traduit les 2 premiers volets. Depuis 1 an et demi, j’ai passé en moyenne 4 à 6 heures par jour dessus. Il y a des moments où je n’en pouvais plus, j’en avais marre. Tous les traducteurs qui s’immergent de longues heures dans ce type de travail vivent la même chose. Surtout Haruki Murakami, ça tient vraiment de la recherche, j’explore son univers, sa langue, un univers psychologique extrêmement singulier. Mon travail de traductrice, ce n’est pas juste faire du sens mais faire quelque chose qui tienne le coup en français.

Que pensez-vous de son écriture ?

Hélène Morita – C’est drôle parce que son écriture n’est pas tout à fait japonaise. J’ai du m’y habituer, j’avais quelques fois l’impression que je traduisais du japonais traduit de l’anglais. Haruki Murakami a vécu longtemps aux Etats-Unis, il a énormément voyagé. Il est lui-même traducteur d’auteurs anglo-saxons (John Irving, Raymond Chandler…). Son influence américaine est indéniable et il l’a intégré dans sa façon de penser. Il correspond bien au Japon mondialisé d’aujourd’hui. C’est une des raisons de son succès.

Est-ce que le français s’accommode bien à l’écriture originale ?

Hélène Morita – Il faut l’adapter le Murakami ! En général, la langue française n’aime pas les répétitions. Or en japonais, ils n’hésitent pas à se répéter plusieurs fois (évènements, descriptions des personnages, vocabulaire etc.). On peut bien sur un petit peu alléger l’original mais il faut veiller à rester fidèle. Autrefois la façon de traduire était totalement différente, ils laissaient les traducteurs beaucoup plus facilement couper dans l’oeuvre. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Quelques fois c’est vraiment de l’acrobatie.

Comment êtes-vous devenue traductrice ?

Hélène Morita – Je suis née en Algérie, de parents pieds noirs. J’avais besoin de me construire vers quelque chose qui n’appartiendrait qu’à moi. J’avais besoin d’un ailleurs.  Après des études de chinois et de Lettres modernes, j’ai enseigné longtemps au Japon. Je me suis mariée avec un japonais. C’est donc tout naturellement que j’ai étudié cette langue. A  cause de ma formation du chinois, je me suis très vite intéressée aux signes japonais. En France, j’ai proposé et traduit plusieurs auteurs japonais notamment aux éditions du Serpent à plumes.             La maison d’édition Belfond a ensuite fait appel à moi en 2007 pour « Le passage de la nuit » de Murakami. Aujourd’hui j’ai des rapports écrits avec le japonais, je suis moins bonne à l’oral.

Comment avez-vous découvert Haruki Murakami ?

Hélène Morita – Je le connaissais de nom. Quand j’habitais au Japon, je l’avais lu un petit peu. J’avais davantage l’habitude de traduire des anciens comme Sôseki Natsumé – grand intellectuel du début 20 ème siècle ou l’auteur de comtes et de poèmes libres Miyazawa Kenji. Finalement, Haruki Murakami, c’est le premier auteur contemporain que je traduis.

Avez-vous eu un contact avec Haruki Murakami ?

Hélène Morita – Non, je sais de toute façon qu’il est très réservé, il se protège beaucoup. Haruki Murakami,  il vit en ermite, je suis bien placée pour le savoir, c’est moi qui ai traduit : « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond ».


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5 réponses à “Le MURAKAMI nouveau est … presque arrivé!

  1. on attend cela avec impatience
    c’est le moins que l’on puisse dire…
    c’est mon écrivain préféré depuis un moment :
    ambiance, personnage, « fantastique », étrange etc
    tout est fait pour le plaisir du lecteur, je n’ai rien contre…

  2. Excellent article. Très très intéressant de comprendre la difficulté d’être traducteur. BRAVO

  3. Superbe article merci !!
    Ca fait du bien d’avoir des nouvelles de Murakami en français :):)
    Très belle idée aussi de donner la parole à Hélène Morita, je l’attendais après la lecture d’une interview de Corinne Atlan (sont autre traductrice).
    J’ai vraiment hâte de lire IQ84 et je suis par avance reconnaissante à Mme Morita :)

  4. Pingback: Sakura Suki | [News] La version française de 1Q84 de Haruki Murakami prévue pour le 18 août

  5. Jean-Pierre ANDRE

    Je viens de lire premier tome de 1Q84 (que m’a fait découvrir mon fils avec trop de retard) et je vais me précipiter sur les suivants? J’apprécie les commentaires d’Hélène Morita quant aux affres de la traduction. Je tiens à dire que mon plaisir est en grande partie du à la qualité et la finesse de son travail. Il est rare de lire un auteur étranger sans ressentir les lacunes d’une traduction, si infimes soient-elles, en regard des subtilités d’une autre langue. En lisant ce roman, j’avais l’impression de le lire dans sa langue originale tant l’esprit et la forme de la pensée japonaise moderne y sont présents. Même les fréquentes « répétitions », redites, de ce récit me sont parues naturelles. Elles renforcent d’ailleurs avec force l’étrangeté de l’univers particulier des personnages, elles sont comme « nécessaires » au récit et expriment, justement, ce qui est une des particularités de la littérature japonaise.
    Merci Madame Hélène Morita, non pas pour votre traduction mais pour votre réécriture.

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