Le mystère des photomatons argentiques résolu

Par Sybile Penhirin

Quatre flashs, quatre pauses différentes, quatre photos en noir et blanc, le tout imprimé en moins de… quatre minutes. Voilà une vieille recette remise au goût du jour et qui fait fureur dans le monde du photomaton français. Depuis 2007, les cabines argentiques font leur grand retour en France, et le public est au rendez vous.  Jeunes, moins jeunes, venus en couple, entre amis, ou en famille, tous attendent patiemment de se faire tirer le portrait, version vintage.

Comment expliquer la passion que déclenchent ces petites photos? Et si le succès est au rendez vous, comment se fait-il qu’on ne dénombre que huit cabines argentiques en fonction en France ?

Une stratégie marketing bien rodée
L’aspect ludique de l’activité explique en grande partie l’engouement du public pour ces photomatons. Contrairement à la cabine numérique, celle argentique permet de faire quatre photos différentes, imprimées sur la même planchette. Impossible d’annuler une pose « ratée » ou de choisir  sa photo préférée comme c’est le cas dans les photomatons modernes.  « L’instantanéité rend l’action excitante, on n’a pas le droit à l’erreur alors on réfléchit à l’avance aux têtes que l’on va faire» explique Camille grande fan des photos instantanées. Ajoutez à cela une touche rétro, propre au papier grâce auquel les photos en noir et blanc à peine imprimées ont déjà une allure usée, et le tour est joué. Nostalgiques de vieux négatifs ou adolescents passionnés par la mode vintage sont conquis.

Autre ingrédient principal du succès : le prix.  Deux euros les quatre photos.  «Deux euros c’est rien, qu’on soit riche ou plus pauvre. C’est une pièce indolore pour immortaliser un après midi entre amis ou une sortie en amoureux » souligne Igor, fondateur de La Joyeuse Photographie qui détient plusieurs de ces cabines argentiques. Les photomatons numériques, que l’on trouve dans les gares, métros ou centres commerciaux requièrent eux, cinq euros pour la prise de quatre photos « Cinq euros c’est un billet, c’est beaucoup plus dur psychologiquement »  affirme le jeune homme.

L’enthousiasme pour ces clichés se traduit souvent par de longues files d’attentes. Après avoir traversé toute la ville pour trouver une cabine argentique, les parisiens sont prêts à attendre vingt, trente voir quarante minutes avant de pouvoir repartir avec leurs instantanés.

Une attente qui fait partie du jeu. « On veut que ce soit un acte réfléchi, presqu’une démarche artistique » explique Eddy Bourgeois, exploitant trois des huit cabines françaises. La stratégie marketing joue sur la rareté « Si on mettait un appareil argentique à tous les coins de rues,  cela casserait tout le charme et l’originalité de l’objet » atteste le trentenaire.

D’accord pour ne pas envahir la France avec ses machines. Mais pourquoi en avoir installé seulement huit ? et exclusivement à Paris ?

Un appareil du passé.

La raison est simple : plus aucune entreprise ne fabrique ce genre d’appareil depuis des décennies. Photo-me International, la compagnie leader sur le marché des cabines à photos instantanées, en a arrêté la production en 1993, préférant s’aventurer sur la voix du numérique. Résultat : il reste moins de quatre cent cabines argentiques au monde. 90 % d’entre elles se trouvent actuellement sur le territoire nord-Américain. C’est là-bas que fut conçu et commercialisé le premier prototype en 1925.  Refusant de donner le coût exact de leur importation en France, le fondateur de la joyeuse photographie, affirme que la « valeur d’une cabine argentique peut aller de 800 à 80 000 euros ».
Un prix exorbitant pour ces vieux appareils qu’il faut souvent remettre en état après leur arrivée en France.

Une question de coût

Si la totalité des photomatons argentiques se trouvent actuellement à Paris, ce n’est pas toujours le cas. Eddy Bourgeois en a déjà installé un à Marseille et prévoit de disposer  prochainement une cabine à Arles. En réalité, ces photomatons voyagent au gré des contrats. Ils peuvent être loués pour des évènements publics ou privés. La location, environ 1800 euros pour 4H, est d’autant plus couteuse que ces « vieilles bécanes demandent un suivi journalier » atteste Eddy. En France, les deux seules entreprises exploitant des cabines argentiques emploient au total cinq personnes, dont quatre résident à Paris. Les déplacements, obligatoires pour le suivi, font vite flamber la facture.  Certaines entreprises ou particuliers n’hésitent cependant pas à y mettre le prix, préférant profiter de ces vieux photomatons pendant qu’il en est encore temps. « D’ici 10- 15 ans, il est peu probable que les cabines fonctionnent encore, elles ne sont pas éternelles » prévient Igor .
Alors Souriez… car il y en a plus pour très longtemps.

Où se sont les photomatons argentiques?

Crédit: La Joyeuse Photographie
Crédit: La Joyeuse Photographie

Citadium Beaubourg
33, Rue Quincampoix, 75004 Paris

Labomaton@Prairies de Paris
23, rue Debelleyme, 75003 Paris

Citadium Haussmann
50, rue Caumartin, 75009 Paris

Magasin Bonton
5, Boulevard des Filles du Calvaire, 75003 Paris

Le Centquatre
104, rue d’Aubervilliers, 75019 Paris

Palais de Tokyo
13, Avenue du Président Wilson, 75116 Paris

Cinémathèque Française
77, rue de Bercy, 75012 Paris

Le Bon Marché (exposition Photomaton jusqu’au 12 février)
24 rue de Sèvres, 75007 Paris

Publicités

7 réponses à “Le mystère des photomatons argentiques résolu

  1. Pingback: Tweets that mention Le mystère des photomatons argentiques résolu | Les Coulisses de la Culture -- Topsy.com

  2. Aurais-je imaginé un jour me retrouver sur votre site ? avec mon nez rouge étincellant ? Bien non… mais avec les poses spontanées ou que l’on peut inventer (en préparation… sophistiquée), oui, je crois que les mise en place des cabines de la « Joyeuse », on peut pousser ses propres idées bien loin. Bravo pour cette initiative qui marche et qui plait, forcément. Pourquoi pas un concours primé ?

  3. Vous pouvez trouver ces photomatons vintage aussi à Vienne: http://www.fotoautomat.net et http://www.facebook.com / derfotoautomat.

  4. Bonjour, j’adore ces photomatons. Ma question, pourrais-je en trouver à Marseille ? Si oui, où ?

  5. Bonjour Sam,
    Pour l’instant il n’y en a plus à Marseille ! Tu peux suivre les localisations des photomatons grâce aux groupes facebook (http://www.facebook.com/#!/pages/La-Joyeuse-de-Photographie/32121810171 et http://www.facebook.com/#!/fotoautomatfrance ) régulièrement mis à jour.
    A bientôt,
    Les Coulisses de la Culture

  6. Bonjour
    Une alternative intéressante en terme de budget, est de louer un Polaroid miniportrait pour des photos en instantané… C’est génial !
    C’est l’appareil dont se servaient les photographes pour les photos d’identité, avant l’ère numérique.
    On peut y faire :
    – 1 seule prise pour les 4 photos
    – 2 prises (2 photos identiques)
    – 4 prises pour 4 photos différentes sur la planche.
    De quoi s’amuser lors d’un mariage avec 4 déguisements, 4 poses ou 4 personnes différentes.
    Des Clics Photos propose cette prestation (http://www.des-clics-photos.fr)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s