Kharabeesh: des précieux gribouillis

Par Victoria Alvares

Imaginez Hosni Moubarak assis, collé littéralement sur une chaise entourée par des clous, histoire de rester bien accroché. Ou encore, Ben Ali , qui à la fin d’une dispute avec son épouse Leila Trabelsi, lui demande 5 dollars pour s’acheter des cigarettes. Pourquoi pas Moubarak et Ben Ali qui dansent ensemble et chantent « Oh, baby, baby »? Voilà le genre d’image que l’on retrouve sur Kharabeesh. Le site satirique arabe (dont le nom signifie « griboullis ») s’est spécialisé dans la critique des régimes totalitaires du Proche et du Moyen-Orient. Il est aujourd’hui évalué à 8 millions de dollars.

Le Tunisien Béchir Omran, responsable du site, nous explique la ligne éditoriale du nouveau média et raconte comment être satirique dans des pays où la liberté d’expression est bafouée. Interview.

Comment définiriez-vous Kharabeesh aux internautes qui ne vous connaissent pas ?

Nous somme une agence de création de contenu multimédia basée en Jordanie, mais nous avons 3 bureaux au total : à Amman (Jordanie), à Dubaï et à Tunis. L’agence a été crée en 2008 par une équipe de jeunes créateurs baptisée «Think Arabia». Notre concept repose sur la création de vidéos au format court mettant la gouaille populaire à contribution pour divertir  nos internautes. Notre but c’est de représenter la situation sociale et politique de notre région d’une manière sarcastique. C’est parce que nous croyons à la puissance d’Internet et aux droits d’expression des gens que l’agence a choisi les médias sociaux pour y élire domicile. Nous avons plusieurs comptes sur Facebook, Twitter et Youtube.

Avez-vous une orientation politique assumée ?

Nous ne soutenons ni ne sommes soutenus par aucun parti politique. On se considère comme une entité apolitique qui vise à reproduire de façon sarcastique ce que les gens dans notre région pensent mais ne disent pas ouvertement. Heureusement, l’engouement suscité par nos spots publicitaires nous a valu plusieurs contrats avec des entreprises de la trempe de Google, Saudi Telecom, Tunisie Telecom et Zain Telecommunication. Un mode de financement qui nous permet de poursuivre notre travail librement.

Une partie de l'équipe de Kharabeesh.

Comment être satirique dans un pays où la liberté d’expression n’est pas assurée ?

Pour l’instant, nous n’avons jamais eu effectivement de la censure . Cependant, il y a beaucoup de réflexion et souvent du stress avant la mise en ligne des vidéos. On se demande toujours ce que l’on risque en publiant tel ou tel contenu. Donc on essaye d’être sûr sur de la légalité de nos contenus avant de diffuser quoi que ce soit. Comme ça nous évitons les risques et nous pouvons continuer à faire le travail que nous aimons faire.

Comment Kharabeesh voit l’avenir ?

Notre agence se développe comme une maison de production. Nous travaillons actuellement avec une équipe d’une vingtaine de personnes formée par des jeunes talents originaires de la plupart des pays de la région. De plus, nous acquérons de l’expérience grâce à l’interaction avec notre public.

Nous avons essayé, à travers nos précédentes vidéo, de couvrir l’actualité de différents pays arabes et c’est ce que nous continuerons à faire. Les internautes ne seront pas déçus: bientôt, il va y avoir du nouveau sur la toile. Des nouvelles vidéos critiquant les régimes anciens.

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