Paris, capitale de la culture étrangère ?

Tony Gamal Gabriel

crédit: flickr xnxbox

Pour les centres culturels étrangers installés dans la ville lumière, l’objectif est le même : diffuser la culture et la langue d’origine du pays dont ils sont ressortissants. Une mission pas toujours évidente à mener lorsque l’on est à Paris.

«  La France a bâti Paris pour le monde entier » disait Ralph Waldo Emerson au 19ème siècle. Un siècle plus tard, ce constat est toujours d’actualité. Paris, capitale de la culture et des arts fascine autant l’étranger. Mais les cultures étrangères ont du mal à s’y implanter.

« L’offre culturelle à Paris est très importante : quand vous avez des superbes expositions au Grand Palais, au Petit Palais, au centre Pompidou, des salles de cinéma et de théâtre partout, c’est difficile d’attirer le public parisien, même si ce public est très curieux » explique Raquel Caleya, attachée culturelle au centre Cervantès.

Sans compter que « près de 90% des centres culturels étrangers ont souffert de coupures budgétaires importantes du fait de la crise économique » explique Emmanuelle Hay, chargée de coordination au FICEP (Forum des Instituts Culturels Etrangers à Paris). Des difficultés financières qui expliquent le manque de personnel et de moyen dont souffrent certains centres.

Un maitre mot, la coopération

Mais contre mauvaise fortune, il faut faire bon cœur. Pour parer à ces difficultés, les instituts multiplient en effet les partenariats avec d’autres institutions culturelles parisiennes. Une manière de gagner en visibilité en s’associant à des institutions prestigieuses. « Nous collaborons énormément avec la cinémathèque française, la Mairie de Paris, le parc de la Villette » explique Raquel Caleya, attachée culturelle au centre Cervantès.

De même, certains centres culturels n’hésitent plus à prendre part à de grands évènements parisiens. C’est le cas de l’institut suédois, qui participe chaque année à la fête de la musique et à la nuit des musées, nous informe Gunilla Noreen, chargée de mission et de communication à l’institut suédois.

Dans la même logique, les institutions étrangères installées à Paris ont décidé de coopérer entre elles. En 2006, à l’initiative du centre culturel canadien est crée le FICEP, le Forum des Instituts Culturels Etranger à Paris. Aujourd’hui, le FICEP compte près de 46 membres. Chaque année, est organisée une semaine des cultures étrangères. « Tous les centres culturels étrangers acceptent de jouer le jeu et présentent une programmation commune centrée autour d’un seul thème» explique Emmanuelle Hay, chargée de coordination au FICEP. « L’idée est de nous investir  ensemble pour nous démarquer des autres institutions culturelles. Comment voulez-vous être visible sinon dans un contexte aussi exceptionnel que Paris ? ».

Offrir un programme de qualité

crédit: flickr/appoulsen

Mais si l’union fait la force, elle ne suffit pas à attirer un public parisien certes consommateur du culture, mais surtout très exigeant. Il faut savoir rivaliser d’inventivité et de créativité. Pour cela, beaucoup de centres ont choisi de jouer la carte de la modernité. Sans pour autant négliger la culture et les traditions propre à chaque pays. «  Nous continuons à organiser des spectacles de Flamenco de haute qualité » souligne avec assurance Raquel Caleya. «Mais ce que nous voulons c’est être une plateforme de création contemporaine, dépasser le folklore et sortir du circuit commercial, donner une image de l’Espagne moderne ».

Cet objectif de modernisation a conduit certains centres à se transformer en mécène des nouvelles scènes nationales. C’est le cas de l’institut culturel Italien qui s’est attribué un rôle «d’ouvre piste pour certains artistes qui excellent dans leur domaine mais qui peinent à trouver des débouchées » explique Irène Marta, chargée de communication à l’institut culturel italien.

L’accent est également mis sur l’ouverture aux autres. L’objectif principal étant d’attirer un public curieux, qui souhaite découvrir la culture de tel ou tel pays, mais qui n’en maîtrise pas forcément la langue. « On prévoit une traduction systématique quand les manifestations se font en italien. On fait aussi beaucoup d’effort pour que tous nos films soient sous-titrés » explique Irène Marta, responsable de communication à l’institut culturel italien.

Dans le même esprit, les centres essayent de rendre leurs manifestations le plus abordable possible, financièrement parlant. Ainsi, près de 80% des manifestations organisées par les centres culturels sont gratuites. «  Le but n’est pas de gagner de l’argent. Certains centres demandent parfois une participation, souvent 5 euros, mais ca dépasse jamais les 10 euros » explique Emmanuelle Hay.

Certains centres misent aussi sur la création d’un café, qui permet aux gens de se retrouver dans une ambiance plus détendue, tout en continuant à découvrir la culture du pays par le biais de la gastronomie. C’est le cas non seulement du centre Cervantès, mais aussi de l’Institut Goethe et de l’institut Suédois par exemple. « Le café joue un rôle important car il apporte une dimension conviviale au centre qui casse le coté institutionnel » explique Gunilla Noreen.

Un public qui répond présent

Des efforts qui payent. Si autrefois les centres culturels étrangers étaient souvent perçus comme « des clubs pour expatriés »,  la situation aujourd’hui a beaucoup évolué. Le public de ces centres  s’est beaucoup diversifié. « Les expatriés représentent une partie du public des centres étrangers, mais ils ne sont plus le principal public », insiste –t-on au FICEP.

« Nous avons eu près de 100 000 visiteurs par an, dont 80% sont français et 40% sont venus par le bouche à oreille. Nous avons généré 205 articles de presse. » Explique Gunilla Noreen de l’institut Suédois.

Il a y bien sûr les amoureux de la culture italienne ou hispanique qui vont se rendre régulièrement à l’institut culturel italien ou au centre Cervantès, mais ce ne sont plus les seuls.

La qualité de programmation des centres a en effet permis d’attirer un public plus large. Un public d’amateur à la recherche de ce qui se fait de mieux dans son domaine de prédilection. « Lorsque nous organisons des concerts de musique contemporaine par exemple, nous allons attirer un public amateur de ce genre de musique, et pas spécialement intéressé par l’Espagne » explique Raqel Caleya.

Envie de gouter aux saveurs de l’Espagne avant de vous plonger dans une rétrospective de la nouvelle vague italienne ? Visitez les centres culturels étrangers à Paris !

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Une réponse à “Paris, capitale de la culture étrangère ?

  1. Et dire que à côté de ça on a des débats sur la laïcité … ca vaut toutes les explications.

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