3 questions à Per Petterson

Par Camille Maestracci

C’est une star dans son pays et il est traduit dans près d’une cinquantaine de langues. L’auteur norvégien Per Petterson était au Salon du livre pour parler de son nouveau roman : Maudit soit le fleuve du temps (Gallimard, 2010). Depuis le succès de Pas facile de voler des chevaux (Gallimard, 2006) qui a cumulé les prix littéraires aux Etats-Unis, ce gentil barbu, anciennement ouvrier puis libraire, a le vent en poupe. Entre fiction et autobiographie, ses romans sont un succès, commercial et littéraire. Nous l’avons rencontré.

Vous dîtes que la lecture de Simone de Beauvoir a été une révélation à 17 ans. Mais en la lisant en anglais, on risque de passer à côté de sa virtuosité d’écriture à proprement parler. Vous qui êtes lu en français et en d’autres langues, avez-vous peur qu’une partie du livre disparaisse en même temps que la langue change ?

Fort heureusement je ne me rends pas compte de ce qui manque dans la version française, car moi-même je ne parle pas français. C’est mieux comme ça ! Pour les versions anglaises, danoises et suédoises, je suis impliqué dans le processus de traduction. Je sais exactement, par exemple, à quoi correspond en anglais ce que j’écris. Mais en ce qui concerne les autres langues, je ne peux rien faire. C’est un peu inquiétant quand on y pense. Parfois je me dis « Mon dieu ! Qu’est ce que ça doit donner en bulgare ou je ne sais quelle langue ! ». Bien sûr quelque chose se perd, mais c’est comme ça. En tout cas on m’a assuré que cette traduction française était très réussie.

Vous avez évoqué, pendant votre présentation, la « littérature ouvrière » des pays scandinaves, et les écrivains autodidactes issus de classes populaires. Pensez-vous qu’il faille avoir l’expérience de ce milieu pour pouvoir l’écrire ?

Pas nécessairement. Si vous avez travaillé à l’usine, et que vous écrivez à propos de cette usine, c’est toujours mieux que si vous n’y avez pas travaillé du tout. Mais après tout, je ne suis pas une femme et pourtant mon dernier livre est la voix d’une femme qui parle de sa vie en tant que jeune fille… Je ne vais pas vous dire que ce n’est pas crédible, il faut bien que je me protège ! Il est vrai qu’il est important de réellement savoir de quoi on parle. Parfois, les auteurs qui écrivent sur la classe ouvrière ont tendance à en faire trop. Alors qu’on vit très bien, vraiment très bien ! Il ne s’agit pas simplement de souffrances, de dur labeur. C’est une vie normale. Et ça c’est important pour moi.

En ce moment, en France, les pays nordiques sont souvent à l’honneur. C’est le cas ici au salon du livre ; on le constate aussi dans le domaine de la musique et du film. A l’inverse, comment accueille-t-on la culture française dans les pays nordiques ?

Elle n’est pas très présente. Peu de gens vont au cinéma voir un film français par exemple. Dans les années 1960, en revanche, on en entendait parler ! Mais aujourd’hui la culture française n’a plus la même importance ici. Pour moi, c’est différent car je suis attaché à ce pays. Mais de manière générale, la littérature et le cinéma français n’occupent pas beaucoup de place chez nous. Désolé !


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