4.Allard contre-attaque!

Par Aïcha El Hammar Castano

L’appel d’offres de l’hôtel de la Marine a-t-il été organisé sur mesure pour le duo Alexandre Allard / Renaud Donnedieu de Vabres, ancien ministre de la Culture ?

C’est ce qui se murmure à Paris. Leur objectif mis en dessin par l’architecte Jean Nouvel : « Créer un lieu dédié au métier d’Art ; celui des artisans ».

Alors que l’Etat français ne peut plus financer des biens relevant de son patrimoine, Alexandre Allard « mécène s’intéressant au fait culturel », pour reprendre les mots de Jean Nouvel, subissant critiques et suspicions quant à ses intentions, s’est malgré tout engagé dans cette aventure éprouvante.

Alexandre Allard, 41 ans, est un millionnaire de l’internet.  Fou de défis, il a racheté l’hôtel Royal Monceau en 2008. Les travaux ont été menés par Philippe Starck. Faute de goût pour certains, idée originale pour d’autres, avant que le chantier ne démarre, le Groupe Allard y avait organisé la très controversée « Demolition Party ». En gros, des invités triés sur le volet sont venus détruire l’hôtel l’espace d’une nuit. L’Art devait pourtant y tenir une place de choix, grâce à la dimension constructive de la destruction de ce vieil hôtel mythique.

En effet, cinq jours avant la soirée, des artistes avaient été invités par le groupe Allard pour y créer des œuvres d’art dans certaines chambres. Ces œuvres contemporaines auraient dû être conservées. C’était sans compter le vandalisme « people » dû à l’absence d’un service de sécurité renforcé. Fiasco total si on en croit les témoignages, notamment celui de l’artiste contemporain brésilien Robert Cabot. Son oeuvre a été totalement démolie.

L’hôtel de la Marine aura-t-il droit à davantage de respect ?

Même si ce type de soirée ne sera bien sûr pas organisé à l’hôtel de la Marine, les craintes sont toutes autres. Les peurs viennent de la transformation de ce lieu en suites de luxe et en shopping commercial « vaguement lié à l’Art ».  La réponse du Groupe Allard est sans appel : « Ce ne sera pas un lieu réservé aux riches. Et en même temps, pourquoi devrions-nous se priver de fonds privés ? » s’exclame-t-il.

Nom de code du projet : « La Royale ». Parce qu’avant d’être nationale ou impériale, la Marine a été Royale. Où peut-être simplement parce que l’hôtel de la Marine se situe à l’est de la Rue Royale. Leur désir est de redynamiser la place de la Concorde en y faisant revenir des artisans. Créer un« Work-in-progress » pour reprendre leur expression… Voici le nouveau défi d’Alexandre Allard. Le concept et l’enjeu sont  grands. Comment pense-t-il financer cela ? En créant un lieu pouvant vivre en auto-suffisance. C’est à dire en y organisant des mécanismes qui respectent la capacité financière de chaque artisan. Même si ce n’est encore qu’à l’état d’ébauche, tous ne paieraient pas le même loyer par exemple. Des suites privées luxueuses pourraient accueillir ces fameux mécènes d’art. Des ateliers d’artiste seraient proposés et leurs œuvres exposées.

Aucun modèle de ce genre n’existe dans le monde. En guise de micro-modèle, l’on peut citer avec précaution celui du Viaduc des Arts à côté de la gare de Lyon.

Les critiques sont aussi liées au mobilier d’époque présent dans l’hôtel de la Marine. Pour le Groupe Allard, il n’y a pas lieu non plus de polémiquer puisque deux listes de mobilier y figurent et très peu de choses sont d’origine. Ce mobilier nous précise-t-il n’aura en effet pas nécessairement vocation à y rester si leur projet devait être choisi.

Aux critiques d’Olivier de Rohan, exprimées notamment sur notre site (voir article), le Groupe Allard répond par un haussement d’épaules : « Il n’a pas de projet ». Le Groupe Allard considère que c’est là une vision « autiste, conservatrice, voir sans intelligence ». Il refuse catégoriquement de confirmer que son projet serait déjà choisi : « Le lancement du concours a débuté le 27 novembre 2010, le meilleur projet sera sélectionné et toutes les polémiques et le débat autour de la restauration de l’hôtel de la Marine prouve que rien n’a été décidé antérieurement ».

Peut-on reprocher à un groupe français d’être prêt à investir plusieurs centaines de millions d’Euros pour restaurer un monument qui restera la propriété des Français ? Peut-on lui faire un procès d’intention alors même qu’il s’engage à ouvrir au public un bâtiment aujourd’hui fermé ? Le Groupe estime leur investissement à 200 millions d’Euros pour la rénovation du bâtiment et 1200 emplois seront créés.

Chacun des différents partis est néanmoins d’accord sur un point : Un monument historique doit vivre ! Ce qui n’est pas le cas pour l’instant. Les caisses de l’Etat sont vides, il faut donc composer avec une mixité d’usage.

Au débat historique s’animant autour de la question de l’hôtel de la Marine grâce notamment à Valery Giscard d’Estaing responsable de la commission, le Groupe Allard ne croit définitivement pas qu’un 57 ème musée dans la capitale française changera la donne.

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