Léviathan de Kapoor : Entrez dans l’antre

Par Lauriane David

   Leviathan – Anish Kapoor (crédit : Flickr/CC/alexandremarchand)

La lumière de printemps qui nimbe d’ordinaire le visiteur en cette période de l’année est absente. Le regard ne peut embraser l’immense espace que surmonte la majestueuse verrière du Grand Palais. Il butte sur un sas, des portes tournantes noires. L’accès au monstre.

Certains spectateurs vacillent. Tous murmurent. Quelques enfants brisent l’ambiance feutrée. Leurs voix résonnent sur les parois. Car visiter l’œuvre d’Anish Kapoor, c’est pénétrer dans un antre, aussi déstabilisant qu’étrange.

Faire appel à l’inconscient

Des guides sont là, ils orientent, questionnent les spectateurs. L’atmosphère est rouge, « rouge sang » murmure une jeune femme. « C’est un ventre, le ventre d’une mère », poursuit une autre. Et les enfants ? Pour eux, entrer dans l’oeuvre de Kapoor, c’est devenir Pinocchio dans le ventre de la baleine. A chaque âge, ses références. « Je me suis toujours demandée ce que ça pouvait faire de se retrouver dans le ventre de la baleine Jonas », explique une spectatrice plus âgée.

Kapoor aime à dépasser le conscient des spectateurs. L’artiste d’origine indienne fait appel à des sentiments plus profonds que ne dictent aucune réflexion. Il fait référence à l’instinct, à l’homme et à la part d’animalité qui reste tapie en lui, aux peurs aussi qui ont traversé les millénaires. Le Léviathan de Kapoor c’est la référence vétérotestamentaire au monstre biblique, sans fin, cataclysmique.

Le Léviathan n’enseigne pas, il donne à voir, à sentir. Il renvoie le visiteur à son état, sa dimension fondamentalement humaine cernée de croyances et de peurs.

>>Visitez le Léviathan en sons et en images

Crédit: Flickr/CC/alexandremarchand,Flickr/CC/bigpilou, Flickr/CC/khlarra, Flickr/CC/endymion120, Flickr/CC/victortsu

Une prouesse artistique et technique

Et l’autre face du monstre est tout aussi intéressante. Une fois sortie du coeur, le visiteur peut parcourir l’extérieur, les coulisses de l’installation, ce que le regard ne faisait que deviner à l’intérieur. Et l’oeuvre fait corps avec la nef de verre. Trois énormes bulles pourpres. 12.000 m2 d’un textile de pointe gonflé en 48h pour un volume final de 72.000 m3 pouvant accueillir 300 personnes. C’est une performance tout autant artistique que technique. Retour au rationnel.

Exposition Monumenta 2011 au Grand Palais (Paris-VIII) – Anish Kapoor – Leviathan : jusqu’au 23 juin.

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